17 octobre 2026Un regard indépendant · Sans publicitéNotre démarche
L’ACTUALITÉ, AVEC DU RECUL.Le Sens du Présent.
Photo d’illustration
Photo d’illustration · Diego Delso · CC BY-SA 4.0

Société

À Madrid, l’expulsion d’une octogénaire déclenche une crise politique et sociale sur le droit au logement

Des centaines de personnes ont investi la Puerta del Sol à Madrid et scandent « Nous sommes tous Maricarmen » : l'expulsion d'une locataire âgée, extraite de son appartement après soixante-dix ans de présence, s'est muée en symbole et a rallumé un débat national sur le logement.

La locataire, identifiée par les médias comme Maricarmen Abascal et âgée de 87 ans, a été contrainte de quitter le logement qu'elle occupait depuis les années 1950 après que le bien a été racheté par une société immobilière, selon le Sindicato des locataires. Le bail avait été suivi d'une augmentation annoncée du loyer de 275 %, porté à 2 650 euros selon les mêmes sources.

L'image de l'expulsion a provoqué un mouvement de protestation durable : des manifestations et un campement à la Puerta del Sol. Les autorités ont estimé la participation à la manifestation de la journée à environ 25 000 personnes, tandis que les organisateurs ont avancé le chiffre de 300 000. Les manifestants pointent du doigt les locations touristiques de courte durée et les fonds d'investissement comme facteurs de raréfaction de l'offre et de hausse des loyers.

Sur le plan politique, l'affaire est tombée au moment où le gouvernement travaille à un décret-loi royal sur le logement. Les protestataires exigent des mesures contraignantes — interdiction d'expulsions comme celle subie par Maricarmen, plafonnement des loyers et restriction des locations touristiques — tandis que les autorités locales et régionales font l'objet d'une forte pression médiatique et populaire.

Le contexte madrilène alimente l'indignation : des études et portails immobiliers cités dans la presse montrent une hausse marquée des prix locatifs ces dernières années, et la ville concentre un marché sélectif où les investissements privés transforment des logements ordinaires en biens haut de gamme ou en locations touristiques. Les « fonds vautours » sont régulièrement accusés dans les manifestations d'aggraver cette dynamique.

L'affaire a pris une nouvelle dimension après le décès de Maricarmen, hospitalisée dans un état d'épuisement avancé après son évacuation : elle est morte mercredi à l'hôpital Gregorio-Marañón, à quelques semaines de ses 88 ans, selon Libération. Sous la pression de l'opinion, le fonds d'investissement Urbagestión, propriétaire de l’appartement, avait consenti à un nouveau bail lui permettant de retourner chez elle, proposition arrivée toutefois trop tard.

Les mobilisations ont élargi leurs demandes : contrats de location plus sûrs, limitations des hausses de loyers et augmentation du logement public. Des appels à des actions coordonnées — y compris une journée de grève — circulent parmi les collectifs de locataires et associations locales, qui voient dans cette affaire un révélateur des fragilités du cadre légal actuel.

La question reste concrète et immédiate : les mesures annoncées ou promises suffiront-elles à empêcher que des expulsions semblables ne se reproduisent, et dans quel délai ? À l'approche des échéances électorales, le cas de Maricarmen met la pression sur les autorités tout en posant une limite nette : la législation et les décisions politiques ne peuvent réparer rétroactivement une vie perdue ou ramener le temps.

Sources de presse

  • Le Telegramme Auray — p. 5
  • RFI Édition compilée — 28 septembre 2026 — p. 11
  • Liberation — 9 octobre 2026 — p. 15
  • l Humanite — 15 octobre 2026 — p. 2

Une publication sous responsabilité éditoriale. Notre méthode

Signaler une erreur