Éducation
Heures vs pédagogies : l'OCDE appelle la France à donner plus d'autonomie aux établissements
Les lycéens français occupent les esprits publics pour le manque de moyens, alors que la France consacre plus de ressources à ses lycées que la moyenne des pays de l'OCDE. Selon Eric Charbonnier, analyste éducation à l'OCDE, cette dépense plus élevée — évaluée dans l'entretien à 28 % de plus pour le lycée — interroge l'efficacité du système quand les résultats ne suivent pas.
Le constat chiffré éclaire un paradoxe : la France impose un volume horaire très élevé en lycée — 1.224 heures par an contre une moyenne OCDE à 960 — et consacre une part importante du temps aux fondamentaux dès l'école élémentaire (la source note 38 % du volume horaire sur la lecture et l'écriture). Pourtant, ces efforts ne se traduisent pas par de meilleures performances globales.
Cette focalisation sur le temps passé alimente des mécanismes contraints. Charbonnier pointe le stress des enseignants obligés d'aller « au bout du programme » et déplore que l'organisation soit dictée par le nombre d'heures plutôt que par l'efficacité des méthodes pédagogiques. Le risque, dit-il, est de faire perdre des élèves plus qu'il n'en aide.
Pour sortir de cette impasse, l'analyste plaide pour davantage d'autonomie locale : laisser les chefs d'établissement jouer un rôle réel dans la gestion des moyens, promouvoir la coopération entre enseignants et repérer les établissements qui obtiennent de bons résultats pour en tirer des pratiques transférables. « Il faut développer une culture de coopération entre les enseignants et donner davantage d’autonomie aux établissements », affirme l'expert.
Charbonnier illustre ses propositions par des exemples concrets contenus dans l'entretien : l'évaluation parcellaire des dédoublements de CP et CE1 empêche de savoir où les dispositifs ont fonctionné, la forte discipline de spécialisation des enseignants complique les remplacements, quand la bivalence observée dans plusieurs pays européens facilite la flexibilité. Il pointe aussi la complexité des emplois du temps depuis la réforme du bac, qui multiplie les combinaisons et pèse sur l'organisation des établissements.
L'orientation et Parcoursup apparaissent comme des symptômes d'un accompagnement insuffisant. L'analyste juge nécessaire une meilleure explication de l'outil aux élèves et plaide pour recréer des places dans l'enseignement supérieur, autant de mesures qui renvoient à une gestion plus fine et locale des besoins des établissements.
La proposition d'autonomie se heurte à des craintes : compétition entre établissements, inégalités accrues. Charbonnier reconnaît la difficulté d'un transfert rapide de responsabilités mais insiste sur un préalable concret : mesurer et analyser localement ce qui marche. La question ouverte reste opérationnelle — comment organiser cette autonomie sans creuser les écarts ? — et c'est sur ce chantier précis que la politique éducative française devra apporter des réponses.
Sources de presse
- Les Échos — 16 octobre 2026 — p. 6
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