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Petit drone de reconnaissance Black Hornet en vol, gros plan latéral sur l’appareil.
Photo d’illustration · État-major des armées · Licence Ouverte · État-major des armées / Wikimedia Commons

Société

Incendies au large de la Roumanie : des drones et la première atteinte aux eaux territoriales de l’OTAN en mer Noire

Les côtes roumaines sont soudainement devenues le théâtre d’une réalité jusque-là circonscrite aux zones économiques exclusives : deux navires marchands ont signalé des incendies au large de Sulina les 14 et 15 octobre, des incidents que les autorités attribuent à des drones.

Le pétrolier chimiquier Yara J, battant pavillon des Comores, a déclenché un feu mercredi 14 octobre soir à environ 17 kilomètres des côtes de Sulina, dans les eaux territoriales de la Roumanie ; le feu a été maîtrisé en quelques dizaines de minutes. Le lendemain matin, le Wine Trader, immatriculé à Saint-Marin, a déclaré un incendie à 24 kilomètres des côtes — à deux kilomètres seulement au-delà de la limite des eaux territoriales — et sept des douze marins à bord sont portés disparus, un bilan humain lourd tandis que les secours étaient dépêchés.

La présidence roumaine a réagi de façon ferme et prudente : « Nous voulons disposer de toutes les informations sur ce qui s’est passé, mais l’Etat roumain réagira », a déclaré le président Nicusor Dan, formule qui marque la volonté d’obtenir des preuves avant d’ouvrir une réponse politique ou militaire. Un ancien commandant roumain, Sandu-Valentin Mateiu, a jugé qu’« si l’enquête démontre qu’il s’agissait d’une manœuvre intentionnelle, ce serait une escalade majeure. »

La géométrie des positions donne au dossier une portée stratégique : le Yara J a été touché à l’intérieur des 12 milles marins qui constituent les eaux territoriales, ce qui en ferait, selon la source locale, le premier incident majeur de ce type déclaré dans les eaux territoriales d’un pays de l’OTAN en mer Noire. Jusqu’ici, les attaques signalées avaient visé des navires dans leurs zones économiques exclusives, plus éloignées et juridiquement moins sensibles en termes de souveraineté.

Face à cette menace, la Roumanie n’est pas sans moyens juridiques nouveaux : une loi promulguée en mai a autorisé l’armée à abattre des drones pénétrant illégalement dans l’espace aérien national, y compris au-dessus de la mer. Les autorités observent par ailleurs « une augmentation des détections de drones depuis plusieurs mois », signe d’un renforcement opérationnel — ou d’une intensification des activités hostiles — selon le même texte.

Ces frappes s’inscrivent dans une série d’attaques de drones visant depuis plusieurs mois des navires marchands au large de la Roumanie et de la Bulgarie, un phénomène décrit dans la source comme lié à des tentatives de couper les voies commerciales desservant l’Ukraine. Si l’objectif stratégique de perturber le trafic maritime est avéré, la transposition de ces actes à l’intérieur des eaux territoriales d’un allié de l’OTAN pose la question d’une réponse collective et du seuil d’intervention.

À défaut, pour l’heure, d’attribution formelle — la source locale ne précise pas l’origine des drones — la trajectoire la plus certaine est celle de l’enquête technique : inspection des navires, expertise des dommages et recherches de traces de drones. Mais la portée politique est tangible : la combinaison d’incidents répétés, d’un cadre légal autorisant des tirs anti-drones et d’un précédent touchant les eaux territoriales ouvre une fenêtre où la prudence nationale frôle la contrainte d’une coordination atlantique, et laisse en suspens la question centrale : combien d’incidents identiques la mer Noire peut-elle supporter avant que la sécurité des voies maritimes ne réclame une réponse concertée ?

Sources de presse

  • Les Échos — 16 octobre 2026 — p. 10

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